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La DME : entre controverse et précautions pour les assistant·e·s maternel·le·s

Camille - Co-fondatrice

Saviez-vous que la diversification alimentaire menée par l’enfant (DME) est une pratique controversée pour les assistant·e·s maternel·le·s ? Dans certains départements, e...

enfant pratiquant la dme sous le controle d'une assistante maternelle
Des parents vous expliquent que leur bébé pratique la DME à la maison et vous demandent de faire la même chose pendant les temps d’accueil. Sur le papier, la demande peut sembler simple : garder les mêmes habitudes entre la maison et chez l’assistante maternelle. En pratique, la réponse mérite d’être nuancée. La diversification menée par l’enfant touche directement à l’alimentation et à la sécurité du jeune enfant. Et pour une assistante maternelle, les consignes peuvent aussi varier selon les recommandations de la PMI de son département. Alors, une assistante maternelle peut-elle pratiquer la DME ? Les parents peuvent-ils l’imposer parce qu’ils la pratiquent chez eux ? Et quelles précautions prendre avant d’accepter ?

La DME, c’est quoi exactement ?

La DME, ou diversification menée par l’enfant, est une manière d’introduire les aliments solides en laissant le bébé les saisir lui-même et les porter à sa bouche. Au lieu de recevoir uniquement une purée à la cuillère, l’enfant découvre des aliments proposés sous une forme adaptée à ses capacités. Il peut les toucher, les sentir, les écraser, les goûter et progressivement apprendre à les manipuler. L’objectif est notamment de favoriser son autonomie pendant le repas et sa découverte des textures. La DME est généralement proposée autour de 6 mois, lorsque le développement de l’enfant lui permet notamment de se maintenir correctement assis et de saisir les aliments. Cela ne signifie pas pour autant que tous les enfants sont prêts exactement au même âge. Il faut aussi distinguer la DME de l’introduction des morceaux en général. Les recommandations françaises prévoient une diversification alimentaire entre 4 et 6 mois et une évolution progressive des textures ensuite. Proposer des morceaux adaptés n’implique donc pas forcément de pratiquer une DME stricte.
À retenir : DME et diversification alimentaire ne sont pas synonymes. La DME est une façon particulière d’organiser la découverte des aliments, mais l’introduction progressive de nouvelles textures fait aussi partie d’une diversification classique.

Une assistante maternelle a-t-elle le droit de pratiquer la DME ?

Il n’existe pas, à ce jour, de texte national interdisant spécifiquement la DME chez les assistants maternels dans toute la France. En revanche, le cadre de l’agrément impose à l’assistante maternelle de garantir la santé et la sécurité des enfants accueillis. Le référentiel national précise également que les services départementaux de Protection maternelle et infantile peuvent formuler des recommandations ou des limitations lorsqu’elles sont nécessaires pour protéger les jeunes enfants. C’est ici que la situation peut différer d’un département à l’autre. Dans le Loiret, par exemple, une fiche diffusée par le service départemental de PMI en mars 2023 indique que la DME n’est pas autorisée chez l’assistant maternel, en raison notamment du risque de fausse route identifié par le service. Consulter la fiche de consigne concernant la DME dans le Loiret Cela ne signifie pas que la même consigne s’applique partout. Dans un autre département, la PMI peut avoir une position différente ou encadrer la pratique autrement. Avant de mettre en place une DME pendant l’accueil, le premier réflexe doit donc être de vérifier les consignes de votre propre PMI.

Les parents pratiquent la DME à la maison : devez-vous faire pareil ?

Non, pas automatiquement. La continuité entre les habitudes familiales et le lieu d’accueil est importante. Mais une assistante maternelle reste une professionnelle responsable des conditions dans lesquelles l’enfant est accueilli chez elle ou en MAM. Un parent peut donc expliquer qu’à la maison son enfant mange seul des morceaux depuis plusieurs semaines, qu’il les manipule très bien et qu’il souhaite poursuivre cette pratique. Cela constitue une information importante pour comprendre les habitudes de l’enfant, mais cela ne suffit pas à écarter les règles professionnelles qui s’appliquent pendant l’accueil. Si la PMI de votre département limite ou refuse cette pratique, l’accord des parents ne permet pas de passer outre cette consigne. Et même lorsqu’aucune interdiction locale n’existe, vous pouvez avoir besoin d’échanger avant d’accepter : l’enfant est-il réellement à l’aise avec les morceaux ? Quels aliments lui sont déjà proposés ? Comment se déroulent les repas à la maison ? Qui fournit les repas ? Quelles consignes ont été données par les professionnels de santé qui suivent l’enfant ? Cette discussion est beaucoup plus simple lorsqu’elle a lieu avant le premier repas concerné, plutôt qu’au moment où un parent dépose une boîte de morceaux le matin en demandant simplement de « faire comme à la maison ».

DME et étouffement : que disent réellement les études ?

Le risque d’étouffement est probablement le sujet qui inquiète le plus autour de la DME. Il faut d’abord distinguer deux situations. Le haut-le-cœur, ou réflexe nauséeux, est un mécanisme fréquent lorsque le bébé apprend à gérer de nouvelles textures. Il peut être bruyant et impressionnant. L’étouffement correspond, lui, à une obstruction des voies respiratoires et constitue une urgence. Le Comité de nutrition de la Société française de pédiatrie a analysé plusieurs études consacrées à la DME. Sa conclusion est prudente : le risque accru d’étouffement est régulièrement évoqué, mais les études disponibles n’ont pas permis de démontrer clairement que la DME provoquait davantage d’étouffements qu’une diversification standard. Cela ne signifie évidemment pas que le risque n’existe pas. Les auteurs soulignent au contraire l’importance du choix des aliments, des textures, de la position de l’enfant et de la surveillance. Ils relèvent également d’autres points de vigilance possibles, notamment concernant les apports en énergie, en fer ou en certains nutriments lorsque l’alimentation n’est pas suffisamment adaptée. Lire l’analyse du Comité de nutrition de la Société française de pédiatrie sur la DME
Vigilance : « les études ne montrent pas davantage d’étouffements » ne veut pas dire « il n’existe aucun risque ». Un jeune enfant qui mange des morceaux doit être installé correctement, surveillé en permanence et recevoir des aliments adaptés à son âge et à ses capacités.

Quelles précautions avant d’accepter la DME pendant l’accueil ?

Si des parents souhaitent poursuivre la DME chez leur assistante maternelle, mieux vaut poser un cadre clair avant de commencer.
  • Interroger la PMI de votre secteur afin de connaître les éventuelles recommandations ou limitations applicables dans votre département.
  • Observer les capacités de l’enfant : posture, préhension, gestion des aliments et aisance pendant le repas doivent être adaptées à ce qui lui est proposé.
  • Échanger précisément avec les parents sur ce que l’enfant mange déjà, la façon dont les aliments sont préparés et les éventuelles allergies ou consignes particulières.
  • Adapter les aliments et les textures en évitant notamment les aliments présentant un risque important d’étouffement lorsqu’ils sont proposés sous une forme inadaptée.
  • Rester disponible pendant tout le repas. La DME ne consiste jamais à poser des morceaux devant un bébé puis à s’occuper d’autre chose.
  • Maintenir à jour ses compétences de premiers secours, particulièrement lorsqu’on accueille de très jeunes enfants.
Santé publique France recommande par ailleurs d’introduire progressivement de nouvelles textures à partir de 6 à 8 mois environ, en tenant compte du développement de l’enfant. Là encore, l’objectif n’est pas de suivre une méthode à tout prix, mais d’adapter l’alimentation aux capacités du bébé. Consulter les recommandations de Santé publique France sur la diversification alimentaire

Parler de la DME dans le projet d’accueil

La question de l’alimentation mérite d’être abordée avant même le début du contrat. C’est exactement le rôle du projet d’accueil de l’assistante maternelle : expliquer aux familles votre manière de travailler et éviter que certaines pratiques importantes soient découvertes une fois l’accueil commencé. Vous pouvez par exemple préciser comment vous accompagnez la diversification alimentaire, qui fournit les repas, comment vous introduisez les nouvelles textures et quelle est votre position concernant la DME. Si vous acceptez cette pratique uniquement sous certaines conditions, dites-le également. Une phrase simple peut suffire : « La DME peut être poursuivie pendant l’accueil lorsque les capacités de l’enfant le permettent et dans le respect des recommandations de la PMI. » Cela permet de poser un cadre sans transformer le projet d’accueil en règlement de vingt pages. Découvrez comment construire votre projet d’accueil d’assistante maternelle et intégrer simplement vos habitudes autour des repas, du sommeil, des sorties ou des transmissions. Vous pouvez également vous appuyer sur une journée type d’assistante maternelle pour montrer concrètement aux familles comment s’organisent les temps de repas dans votre quotidien.

Et si les parents et l’assistante maternelle ne sont pas d’accord ?

Ce désaccord n’a rien d’anecdotique. L’alimentation touche à la fois aux habitudes familiales, au développement de l’enfant et aux responsabilités de la professionnelle. L’objectif n’est donc pas de déterminer qui « a raison », mais de vérifier si un fonctionnement commun est possible. Si les parents souhaitent absolument une DME stricte alors que la PMI locale l’interdit, la marge de discussion est limitée. Si aucune restriction n’existe mais que l’assistante maternelle ne se sent pas suffisamment à l’aise avec cette pratique, mieux vaut le dire clairement plutôt que d’accepter à contrecœur. À l’inverse, si tout le monde est d’accord, que l’enfant est prêt et que le cadre professionnel le permet, les modalités peuvent être définies ensemble dès le départ.

Clarifier ces sujets avant qu’ils deviennent des tensions

DME, repas fournis par les parents, sommeil, sorties, transmissions… Beaucoup de désaccords ne viennent pas d’une mauvaise volonté, mais simplement de règles qui n’ont jamais été réellement posées. Chez Pandi Panda, nous essayons justement d’aider parents employeurs et assistantes maternelles à formaliser plus facilement leur cadre d’accueil. Le projet d’accueil permet notamment de mettre par écrit les habitudes, les choix éducatifs et l’organisation du quotidien, sans remplacer les échanges entre la famille et la professionnelle. La DME en est un bon exemple : ce n’est pas parce qu’une pratique fonctionne à la maison qu’elle peut automatiquement être reproduite à l’identique chez l’assistante maternelle. La continuité avec les parents est importante. La sécurité de l’enfant et le cadre professionnel le sont tout autant.

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